COVID-19 : Mieux vaut prévenir que guérir

par Milain FayuluMilain Fayulu 23 Mar 2020

La nouvelle pandémie du coronavirus a bousculé le cours de l’histoire et mis à nu les failles de la mondialisation. Pour la première fois dans la société moderne, l’humanité fait face à un ennemi commun qui ne connaît aucune frontière. C’est un cinglant rappel à la réalité : nous sommes infiniment petits face à la nature dont nous n’avons eu de cesse d’altérer les fondamentaux. 

A l’heure où j’écris ces lignes il y a 292 142 cas confirmés de coronavirus dans le monde dont 12 784 décès. L’Afrique, parent pauvre de la globalisation, et donc moins « connectée », n’enregistre à ce jour « que » 739 cas confirmés et 20 morts. Ce chiffre est bien évidemment à prendre avec des pincettes compte tenu des faibles capacités de tests du continent. Nous sommes néanmoins très loin des chiffres des autres régions, en particulier des 151 293 cas enregistrés en Europe occidentale, épicentre de l’épidémie aujourd’hui. Le continent a donc une opportunité d’apprendre des erreurs du reste du monde et de prévenir plutôt que de guérir. 

Disons-le d’entrée de jeu : l’Afrique ne peut tout simplement pas se permettre le luxe de laisser la pandémie se propager. Un pays comme la RDC ne dispose que de 50 respirateurs pour près de 90 millions d’habitants; le système de santé est quasi inexistant et le moindre afflux soudain de patients dans les hôpitaux achèvera un système déjà à genou. Notre seul espoir est la mise en place rapide de mesures de prévention efficaces et adaptées aux réalitées locales. Le confinement strict tel qu’il est opéré en Chine, en Europe et maintenant aux Etats-Unis relève de l’impossible chez nous. 

En effet, notre pays étant caractérisé par une économie informelle de subsistance où les populations vivent au jour le jour, il serait difficile d’appliquer les méthodes de confinements opérées ailleurs. Le salut passe par la reproduction scrupuleuse des gestes barrières édictés par l’OMS et la mise en quarantaine stricte des sujets testés positif et tout ceux avec qu’ils auraient été en contact. Nous devons nous inspirer de l’exemple japonais où aucun confinement n’a été imposé mais où les foyers ont rapidement été identifiés et contenus. Avec 30 cas confirmés et limités aux zones huppées de Kinshasa et Lubumbashi il est encore temps pour nous d’éviter le pire. Il faut sans plus tarder isoler ces deux villes du reste du pays. Si d’aventure le confinement de la population s’imposait par la force des circonstances, comme la seule alternative pour endiguer la pandémie, son coût en vies humaines ne se résumerait pas simplement aux victimes du COVID-19, du fait d’un rapide manque de moyens pour se nourrir.

Concrètement, nous avons besoin de mettre en place des mécanismes de solidarité sans précédent. Dès à présent, la diaspora doit se mobiliser financièrement pour mettre à disposition des fonds qui seront utilisés par les équipes de riposte pour augmenter les capacités de test, distribuer des masques ainsi que d’autres équipements qui peuvent limiter la propagation du virus et enfin combler tant bien que mal le déficit en capacité hospitalière.   

Les leaders d’opinions et autres politiciens doivent parler d’une même voix pour juguler la menace. L’Etat doit limiter son train de vie exorbitant et créer un fond d’urgence pour faire face au virus. Les entreprises et les particuliers qui en ont les moyens doivent mettre à contribution leurs ressources pour participer à l’effort de guerre. Car, comme l’a souligné le Président français Emmanuel Macron, il s’agit bel et bien d’une « guerre sanitaire ». La maigre somme de 1.8 millions de dollars déboursée par le gouvernement ainsi que les mesures prises par ce dernier sont totalement inadaptées compte tenu de la gravité de la situation.  

J’invite également les Congolais à la vigilance face aux campagnes de désinformation qui pullulent sur les réseaux sociaux. L’ennemi invisible auquel nous faisons face est réel et seules les recommandations scientifiques des professionnels de la santé doivent être suivies. A cet effet, je recommande de consulter régulièrement le site de l’OMS : https://www.who.int/fr/home.      

Avec discipline nous pouvons vaincre cette pandémie. Mais nous ne devons pas nous faire d’illusions, nous ne sommes pas en mesure de combattre ce virus efficacement avec nos maigres moyens. Aussi, attendre patiemment la générosité des bailleurs de fonds comme nous en avons l’habitude n’est pas une option dans cette crise. Ces derniers font actuellement face aux limites de leurs propres systèmes. La créativité, une solidarité sans faille et une discipline stricte sont les seules armes sur lesquelles nous pouvons et devons compter.

Milain Fayulu

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