La jeunesse congolaise doit se réapproprier son destin

par Milain FayuluMilain Fayulu 3 Avr 2019

Les résultats des élections en République Démocratique du Congo ont été falsifiées. Chose à la fois inédite et vérifiable, l’étendue de la fraude est désormais connue de tous.

Une fraude mise à nue

Le gouvernement congolais a introduit des machines à voter afin de manipuler les résultats des élections et cette stratégie s’est partiellement retournée contre lui lorsqu’un lanceur d’alerte de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a fait fuiter les données brutes du serveur central. Quand ces données ont été confrontées à celles que la mission d’observation de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) avait méthodiquement fuité en amont aux chancelleries ainsi qu’à la presse internationale le résultat ne faisait plus l’ombre d’un doute. Les preuves matérielles de ce hold up électoral sont bien documentées et nombreux dans la communauté internationale ont émis leur habituel lot de « doutes » et de « scepticisme » à l’endroit du processus avant de capituler devant un énième fait accomplis. Ceci est mon message à l’endroit de la jeunesse congolaise.

Tentative de maquillage de l’Histoire

Dans cette folie post-électorale, on peut raisonnablement se poser la question de savoir où se trouve la ligne entre réalité et fiction. En effet, de nouveaux « faits » nous sont présentés et ceux-ci peignent une réalité tout autre que celle que nous avons vécu. Dans cette histoire révisée et adaptée à la sauce des « vainqueurs », l’architecte de la fraude est devenu « le père de la démocratie », le principal bénéficiaire de celle-ci « un génie politique » et le vrai gagnant un « mauvais perdant ».
Les protagonistes, des adultes occupant des positions de prestige et de grandes responsabilités, semblent guidés par des principes moraux qui sont diamétralement opposés à ceux qui nous ont été inculqués dans nos écoles, nos foyers, nos églises…
N’y a-t-il aucune morale, aucune justice, dans mon pays, me suis-je demandé, devant une telle travestie de la vérité. C’est alors que j’ai réalisé qu’il y avait un obstacle majeur à la libéralisation de la morale en RDC.

Un peuple otage d’un système

Je me suis rendu compte que l’avenir de la jeunesse de notre pays, notre futur (33% de la population congolaise a entre 10 et 24 ans), est compromis par une poignée d’individus. Tout comme les générations avant la nôtre qui n’avaient pu, sous le joug de 32 ans de système Mobutu, exprimer leur plein potentiel, nos perspectives sont aujourd’hui compromises par le système qui lui a succédé.

Ces élections étaient une opportunité historique de faire peau neuve et d’amorcer, enfin, un développement durable. Notre pays est si riche et notre peuple mérite de faire partie intégrante d’un système politique et économique non corrompu.
Cependant, cet espoir a été compromis dès lors que les officines qui asservissent le peuple ont de manière criminelle fabriqué les résultats pour perpétuer leur emprise sur le pays. Cette manigance fut aussi grotesque que le cycle électoral dont elle est l’émanation. Malheureusement, en l’absence d’une résistance digne de ce nom elle n’a eu aucun mal à s’imposer.

La jeunesse seule maître de son destin

C’est ainsi qu’en tant que seul maitre de notre destin, nous, la jeunesse congolaise, avons une opportunité historique de refuser l’histoire qui nous est imposée. Nous devons, par tous les outils pacifiques à notre disposition résister aux forces de l’injustice, et comme le père de notre indépendance, Patrice Lumumba, l’a dit en son temps, « écrire notre propre histoire ».

La quête de vérité et de justice est un cri qui trouve son échos dans notre Constitution qui stipule que « la RDC est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs…». Brisons ce cycle, mobilisons nos intelligences collectives et bâtissons une démocratie endurante ancré dans des principes et des valeurs inamovibles.

A cet effet, où que vous soyez, quel que soit votre âge, mettez à nu le cynisme, les mensonges, la corruption et les arguments fallacieux. Plus notre voix collective sera forte et puissante plus vite viendra le véritable changement. La « passation pacifique du pouvoir » actuelle n’est rien d’autre qu’une continuation de l’ancien système qui n’augure rien de prometteur. Le Congo est notre pays. Il s’agit ici de notre futur. Croyez en ce pays, croyez en notre peuple. Et par-dessus tout, croyez en la démocratie comme le seul moyen de nous choisir nos dirigeants.

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