Les méga projets : trop ambitieux pour la RDC ?

par Christian EndundoChristian Endundo 22 Jan 2021

Si l’idée que de grands investissements dans les infrastructures et dans les industries peuvent relancer une économie nationale n’est pas nouvelle, elle n’a cessé d’échouer en République Démocratique du Congo (RDC) depuis 1960. Un cycle d’échec notamment justifié par l’influence étrangère, un protectionnisme douanier caractérisé par des taxes surélevées ainsi qu’une incapacité à assurer la redistribution des revenus des projets industriels. Pourtant, une autre explication manque au tableau. Et si les méga projets étaient trop ambitieux pour la RDC ?

Les grands projets en RDC : un cycle sans fin

Dès son indépendance, avec le soutien de nations telles que les États-Unis, la France et le Japon, la politique de développement congolaise se concentre sur des projets pharaoniques. Au début des années 70, de grands projets voient le jour :  les barrages hydroélectriques Inga I, complété en 1972 et Inga II, complété en 1982, le pont Maréchal, complété en 1983 et l’échangeur de Limete, incomplet et interrompu en 1974 – pour ne citer que ceux-ci.

Barrage d’Inga (wikipedia)

Cette vague de grands projets ne s’arrêtera pas malgré la fin du règne de Mobutu.

Sous le président Joseph Kabila, l’État lancera le projet agricole de Bukanga Lonzo qui coûtera $ 285 millions et sera interrompu en 2017 avant d’être tout simplement abandonné.

Sous l’ère du président Tshisekedi, les projets phares sont le port en eau profonde de Banana de $ 350 millions, le Pont Route-Rail Kinshasa-Brazzaville de $ 550 millions, et le réaménagement de la ville de Kinshasa.

Les projets en cours sont-ils voués à l’échec ? Sans remettre en cause la volonté politique à l’origine de ces projets, examinons les principaux défis sur le chemin de leur réalisation.

Les multiples défis des grands projets

Avec un plan de trésorerie de $ 5.45 milliards du ministère des finances, la dette est le seul recours de la RDC pour financer ses projets. Par ailleurs, les larges projets congolais appuient leurs études de marché sur le cours fluctuant des matières premières. Le risque financier encouru est donc très important  pour la RDC.

La rentabilité d’un projet, et particulièrement d’un méga projet, dépend souvent d’un réseau d’infrastructures complémentaires.

Ainsi, une centrale électrique, par exemple, a-t-elle besoin d’un réseau de transmission et de distribution pour écouler sa production énergétique. Quant aux projets d’eau potable, ils n’ont de sens que s’ils sont assortis de réseaux de distribution. Pour chaque projet titanesque entrepris en RDC, l’État est confronté à un double défi : (1) construire le projet et (2) le doter d’un réseau de qualité.

Les méga projets sont extrêmement complexes et leur réalisation requiert une expertise, aussi bien au niveau de l’État que de la main d’œuvre professionnelle et ouvrière dont la RDC ne dispose pas.  À ce jour, les partenaires financiers et politiques de la RDC ne sont pas (ou plus) disposés à fournir une telle expertise pour la durée de temps nécessaire à l’élaboration et à la gestion d’un projet.

Joseph Kabila et Xi Ji Ping en 2015 (xinhua)

Une alternative aux projets colossaux

Les défis que présentent les méga projets sont autant de raisons pour la RDC de revoir ses ambitions en matière d’infrastructure. L’avenir congolais doit reposer sur des projets de petites et moyennes tailles; des projets plus humbles permettraient à l’État de mieux gérer les questions financières, d’expertise, de complexité et de ressources.

Les processus d’implémentation ou mesures correctives au niveau des petits et moyens projets sont également moins conséquents. Ainsi, s’axer sur ce type de projet permettrait à l’État de dégager des ressources pour développer en parallèle des projets complémentaires. Par exemple, un projet routier pourrait être combiné à un projet de lutte anti-érosion. Un projet d’usine pourrait être joint à un barrage électrique.

Cette politique devrait aussi être attrayante pour les élites politiques. Ces dernières seraient en mesure de jouir de portefeuilles de projets de court ou moyen terme complétés sur une période inférieure aux cycles électoraux. Ils pourraient ainsi analyser et présenter les résultats de ces projets durant leur mandat.

Une politique de petits et moyens projets n’a pas vocation à être permanente. Mais, elle s’impose comme une nécessité pour les 5 à 20 prochaines années afin que la RDC renforce son expertise et se dote de capacités dignes de ses ambitions.

Christian Endundo

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